Analyse des termes.
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Amour :
sens général et le plus courant : attachement, désir de fusion, entre deux êtres. C'est donc quelque chose dont on attend : du plaisir, du bien, le bonheur.
Domaine : affectif; sentiment, ou passion?
sentiment : affection pour quelqu'un (amour filial; amour maternel; amour du prochain, etc)
attachement exclusif et excessif envers quelqu'un ou quelque chose : c'est alors une passion (l'Amour-passion)
Se méfier : on se méfie de quelque chose ou de quelqu'un qui ne nous fait pas confiance, parce qu'il nous a déjà trompé, ou parce qu'il est susceptible de nous tromper, malgré qu'il ait l'apparence contraire. (On se méfie, dit-on souvent, des apparences).
Faut-il :
nécessité physique : il faut/il est nécessaire de manger si on veut se maintenir en vie (on ne peut faire autrement, c'est une contrainte naturelle)
obligation morale : il faut/on doit obéir à la loi (c'est un devoir, quelque chose qui nous oblige; que les hommes soient naturellement enclins à être méchants, ne change rien à un devoir, puisque le "doit-être" ne dérive pas du "ce qui est").
Mise en rapport des termes (problématique, présupposé, enjeu).
Faut-il donc se méfier de l'amour? Ie, d'abord, l'amour, au lieu d'être une source de bien, de bonheur, de plaisir, ne serait-il pas source de maux (malheur, souffrance autant physique que morale, et contraire à la morale)? N'est-il pas alors, dans ce cas, de l'ordre de l'erreur, de l'illusion? (puisqu'au premier abord, on croit qu'il nous rendra heureux, etc)
Mais cette illusion est-elle dangeureuse? En effet, pour qu'il soit nécessaire de se méfier de l'amour, tout comme par exemple il est nécessaire de se nourrir pour se maintenir en vie, encore faut-il que l'erreur ou l'illusion qu'il provoque soit dangeureuse. Cette interrogation nous mène donc à chercher de quel ordre peut bien être cette illusion, et de quels dangers elle est la source.
On se demandera ensuite s'il faut se méfier de l'amour au sens éthique : alors, cet amour est-il nécessairement lié au mal, et peut-être à l'extinction de la société? L'amour est-il nécessairement néfaste à l'homme, à la fois au sens physique et moral? Se méfier de l'amour, est-ce alors un devoir, une obligation morale?
La réponse à ce questionnement ne suppose-t-elle pas qu' il y aurait plusieurs sortes d'amour, des amours positifs et négatifs, des usages positifs ou négatifs de l'amour? Plutôt donc que de se demander s'il faut se méfier de l'amour, il convient donc se demander : de quel amour faut-il se méfier?
I- L'amour est-il une illusion? Et si oui, est-ce une illusion vitale ou éthique?
A- D'abord, on peut facilement montrer que l'amour est une illusion. En effet, comme l'a montré Stendhal dans De l'Amour, l'amour nous trompe.
Erreur sur la réalité : nous ne voyons plus le réel tel qu'il est; nous ne voyons pas non plus notre bienaimé tel qu'il est réellement Nous croyons aimer quelqu'un pour ce qu'il est réellement, mais en fait, nous n'aimons, à travers lui, que l'idée qu'on se fait de l'amour.
Il faut donc bien se méfier de l'amour. -Préciser que cet amour dont il s'agit ici est la passion au sens strict du terme : ie, une attirance exagérée et dominante, exclusive, pour quelqu'un (ou quelque chose, mais c'est moins pertinent).
B- Mais si l'amour nous trompe, est une illusion, puisqu'il idéalise son objet, et ne le voit pas comme il est réellement, mène-t-il à la souffrance, physique, morale ? Et, peut-être, à la mort? (Ie : est-il nécessaire de s'en méfier)
Souffrance physique : pas très pertinent
la souffrance morale : après tout, c'est bien ce à quoi renvoie l'étymologie du terme de passion : "patior" : je souffre, je subis. La passion n'est-elle pas quelque chose qui devient pour moi un fardeau, dont je deviens l'esclave?
C- Obligation morale ? L'amour s'oppose à la vérité, puisqu'il déguise son objet. Ce que nous aimons dans l'amour ce n'est pas ce que nous croyons. Mais est-ce néfaste pour la morale? Si nous devons nous méfier de l'amour, est-ce parce qu'il contredit la morale? Parce qu'il est source de mal et non de bien, et ce, essentiellement?
D'abord, que suppose la morale? On peut répondre que la condition qui fait de nous des êtres moraux, c'est que l'on soit libre. En effet, nul ne peut nous accuser de notre forfait, si nous ne sommes pas considérés comme libres. Nous sommes certes coupables d'avoir commis un crime, nous en sommes bien la cause, l'origine, mais nous n'en sommes peut-être pas responsables. S'il est admis par des spécialistes que je n'étais pas en possession de toute ma raison, alors, on dira que je ne porte pas la responsabilité de ce crime, puisque je n'ai pas consciemment accompli cet acte. En général, on dit que ce qui m'a fait accomplir cet acte, c'est l'alcool, ou la folie, ou un choc émotionnel intense qui remonte à ma petite enfance (l'inconscient), et évidemment, la passion, l'amour passionnel.
L'amour fait donc partie de ce qui me pousse à faire des choses sans que j'en sois vraiment conscient, ou sans que je puisse rien y faire. L'amour, c'est une force aveugle qui, comme l'inconscient, agit sur moi à mon insu, et m'aliène à moi-même. Je ne m'appartiens plus, je ne suis plus moi. C'est que je suis complètement obsédé par cet amour, plus rien ne compte pour moi, si ce n'est cet amour. Dès lors, si un obstacle surgit sur la voie qui me mène vers la réalisation de cet amour, tous les moyens seront jugés bons pour anéantir cet obstacle. Celui qui est "victime" d'un amour fou se moque de la morale, il emploiera un moyen moralement condamnable s'il lui paraît nécessaire à la réalisation de sa passion. Exemple : tuer sa femme et son amant s'ils commettent un adultère ou même si je crois seulement qu'ils le font.
Il faut donc se méfier de l'amour, au sens éthique cette fois. L'amour passionnel est dangeureux car il mène irrésistiblement à l'accomplissement d'actes moralement condamnables.